Le tabac : quels sont les risques ?

Bien qu’environ 90% de la nicotine soit détruite par les très fortes températures dues à la combustion du tabac, celle ci a un effet toxique sur le système nerveux.

Les fumeurs ressentent des perturbations aux quels ils finissent par s’habituer peu à peu.

Ainsi en est-il des malaises ressentis par le fumeur « débutant »: états nauséeux, sueurs froides, maux de tête, accélération du rythme cardiaque etc. Certaines manifestations vont parfois persister : réduction de l’appétit, tension artérielle et rythme cardiaque augmentés, transpiration anormale, trouble du sommeil etc.

Autant de manifestations qui font du fumeur un sujet plus fragile ce qu’il refuse toujours d’admettre.

Mais c’est essentiellement l’action des milliers de substances, présentes dans la fumée, et fabriquée lors de la combustion par cette véritable usine chimique que représente la cigarette qui détermine tous les problèmes dues au tabac.

Les atteintes de l’appareil respiratoire

1/ Les cancers bronchiques

Dans la très grande majorité des cas, ce cancer est du au tabac. (9 cancers bronchiques sur 10 surviennent chez des fumeurs.)

On diagnostique, en France, 27000 nouveaux cas de cancers pulmonaires par an (1.200.000 dans le monde) et on sait que la survie à cinq ans n’atteint pas 10% et que la poursuite du tabagisme réduit ce taux à 5%. Entre 1997 et 2000, le nombre de cancers du poumon a augmenté de 0,58% chez l’homme et de 4,36% chez la femme.

Le risque est à la fois fonction du nombre de cigarettes fumées et du temps d’exposition. (Doubler le nombre total de cigarettes augmente le risque d’un facteur 2, alors que doubler la durée du tabagisme l’augmente d’un facteur 20) Mais il n’y pas de seuil au dessous duquel ce risque serait nul.

Ce cancer reste particulièrement grave, et malgré les traitements modernes le pourcentage de guérisons est très faible (environ 15% à 5 ans). L’espérance moyenne de vie est de l’ordre de 1 à 2 ans (car 10 à 15% des malades seulement peuvent être opérés).

Les femmes sont plus sensibles au cancer bronchique que les hommes et qu’en 7 ans la fréquence de ce cancer chez les femmes a augmenté de 30%. La mortalité due à ce cancer va devenir peu à peu de plus en plus importante chez les femmes.

poumon

2/ La bronchite chronique obstructive. (BCPO)

Là aussi le tabac est la cause principale des bronchites chroniques. La bronchite chronique résulte d’une dégradation lente du revêtement muqueux des bronches qui avec le temps va devenir irréversible et se terminer par ce qu’on appelle un emphysème responsable, en France, de la mort de prés de 20 000 personnes par an. (Et on sait que 80% de ces décès sont secondaires au tabagisme.) Lorsque l’emphysème s’est déclaré, ces malades ne sortent plus, et sont sous oxygène. (100.000 personnes ont recours à une oxygénothérapie à domicile en France) Comme ces malades, confinés chez eux, ne sont pas au contact du public, l’emphysème, malgré sa gravité, n’émeut guère la population qui ignore ce problème.

Il y aurait en France, d’après certaines statistiques entre 2,5 et 3,5 millions de bronchitiques chroniques dont une grande majorité pourrait disparaître si ces malades arrétaient de fumer.


Les affections cardio-vasculaires

La plupart de ces affections sont dues à des modifications de la paroi des artères avec comme conséquence deux phénomènes intimement liés : l’hypertension et l’athérosclérose.

L’athérosclérose et l’hypertension sont des processus sournois, insidieux. Les personnes qui en sont atteintes se sentent en bonne santé. C’est pourquoi ces affections sont souvent négligées avant l’apparition de leurs graves complications.

  • l’hypertension correspond à une pression trop élevée dans les artères ;
  • l’athérosclérose est un processus qui détermine au niveau des parois de certaines artères la formation des plaques, faites notamment de graisses et de calcaire, sur lesquelles s’agglutinent souvent les éléments du sang sous forme d’un thrombus (ou caillot). Il en résulte une obstruction plus ou moins importante des artères, d’où la souffrance d’un secteur tissulaire en aval, voire sa nécrose.

Or le tabac est un facteur de risque très important, probablement le plus important dans le déclenchement de cette pathologie.

Les artères les plus fréquemment atteintes sont :

  • les artères du cœur (artères coronaires). Les conséquences peuvent être une angine de poitrine (lorsque l’obstruction est éphémère) ou un infarctus du myocarde(lorsque l’obstruction est prolongée). En France, les décès par cardiopathies liées à l’athérosclérose en rapport avec le tabac sont estimés à 13 000 par an.
  • les artères du cerveau. A ce niveau les atteintes artérielles entraînent soit une régression lente et insidieuse des facultés mentales, régression qui peut être grave (pouvant aller jusqu’à la démence), soit des manifestations brutales désignées par les expressions : accident vasculaire cérébral ou congestion cérébrale entraînant souvent une paralysie, une aphasie (perte de la parole) voire un coma mortel. Les gros fumeurs multiplient par sept le risque d’accident vasculaire cérébral, et l’association tabac pilule augmente considérablement ce risque.
  • les artères des reins.
  • les artères des membres inférieurs. (Artérite.) Une obstruction partielle entraîne une difficulté à la marche, des douleurs… Si l’obstruction est complète il y a mortification portant sur les extrémités et plus précisément sur les orteils. En l’absence de thérapeutique chirurgicale ou médicale efficace, une amputation est parfois nécessaire.

Le tabac représente la cause majeure de ces artérites des membres inférieures qui est une affection particulièrement redoutable chez les diabétiques.

  • La maladie de Raynaud est une atteinte vasculaire se manifestant par des doigts blancs et froids. Le tabac est, la encore, le principal facteur de risque (à côté de l’alcool et des œstrogènes).
  • Le diabète (qui touche 2 millions de français) voit certaines de ses complications aggravées par l’usage du tabac. Particulièrement les atteintes vasculaires qui sont plus précoces, et plus intenses. (Artères périphériques des membres inférieures, artères rénales, et artères de la rétine.)

On constate, en outre, une augmentation transitoire mais significative de la glycémie après chaque cigarette, avec une insulino-résistance due semble t-il à l’action de la nicotine au niveau des récepteurs neuronaux à l’insuline.

Les fumeurs ont plus de risque de développer un diabète que les non fumeurs car le tabagisme provoque une résistance à l’action de l’insuline.


Les cancers

En dehors du cancer du poumon déjà évoqué ci-dessus, le tabac est très fréquemment à l’origine des cancers de la cavité buccale, du pharynx et du larynx. 15.000 nouveaux cas annuels en France de cancers des voies aérodigestives, dont on estime que plus de 90% sont secondaires au tabac. (Surtout si association tabac-alcool.)

D’après les données statistiques, le tabac peut également intervenir comme facteur causal dans les cancers de l’œsophage (surtout s’il y a association avec l’alcool), du col de l’utérus, du côlon, du pancréas, de l’estomac (pour ces deux derniers cancers le risque est multiplié par 2 chez les fumeurs), de la vessie (Plus de 50% du fait du tabac chez l’home et 25% chez la femme), du rein (risque multiplié par 4 chez les fumeurs.), du sein ( dont une étude récente démontre le rôle du tabagisme passif à ce niveau.)


Les atteintes diverses

1/ L’ulcère gastroduodénal

Sans doute est-il secondaire à l’atteinte du système nerveux  par l’action de la nicotine. Le traitement de l’ulcère est nettement moins efficace chez les sujets qui continuent à fumer et les complications sont multipliées par un coefficient de l’ordre de 4 à 5.

2/ Les gingivites ulcéreuses et diverses atteintes de la sphère ORL

Ces gingivites qui se manifestent surtout chez les jeunes réalisent une amputation des languettes gingivales qui comblent normalement les espaces inter-dentaires. Il s’ensuit une stagnation entre les dents de particules alimentaires et de germes microbiens de telle sorte qu’une gingivite chronique s’installe très souvent à moins que l’hygiène (qui est alors difficile) soit particulièrement rigoureuse. L’aboutissement de ce processus est la perte prématurée des dents.

On observe en outre :

  • une augmentation des sinusites chroniques et des infections nez gorge oreilles (otites.)
  • une altération des papilles gustatives et des troubles du gout.
  • une sécheresse des muqueuses nasales et bucco pharyngées.
  • une altération nette de l’odorat et des glandes salivaires.


Les troubles de la fertilité

Chez l’homme :

  • - La spermatogenèse est diminuée et la qualité du sperme est significativement moins bonne, avec plus d’anomalies et moindre mobilité des spermatozoïdes.
  • - Mais surtout, il y a un lien statistique évident entre impuissance d’origine vasculaire et tabagisme. (80% des hommes impuissants sont fumeurs.)

Chez la femme :

Il existe une diminution de la fertilité (15 à 40% selon les études), et un allongement du délai pour le début d’une grossesse à l’arrêt des contraceptifs. (Augmentation de 6 mois à un an, proportionnelle à l’importance de l’intoxication et qui est réversible en cas d’arrêt du tabagisme.)

Cette baisse de fertilité a été très étudiée chez les femmes ayant recours à la fécondation in vitro (FIV) et on a montré que les femmes qui fument avaient 4 fois moins de chance de succès de réussir une implantation. La aussi, ces anomalies régressent rapidement après l’arrêt du tabac.

Le tabac semble bien intervenir sur la capacité de reproduction des enfants issus de mères fumeuses : Diminution de la spermatogénèse chez les hommes et baisse de la fécondité chez les jeunes filles.

La contraception par les oestro-progestatifs (pilules) est contre-indiquée chez les femmes qui fument.

1/ Les troubles sur l’évolution des grossesses

Malgré les incitations importantes et répétées, avant et au cours des grossesses, par le corps médical et par les nombreux messages de prévention, 15% vont continuer à fumer jusqu’à l’accouchement et plus de 6% le feront avec plus de10 cigarettes par jour. (La prévalence des femmes en âge de procréer qui fument était en 2006 de 38% et 53% seulement interrompent leur tabagisme durant leur grossesse) Or le lien entre tabac et prématurité est tout à fait évident.

Le retard de croissance intra utérine est important avec une baisse moyenne de 20 grammes par cigarette/jour. Cette baisse de poids étant dose-dépendante, on aboutit à une perte de 400 gr en moyenne pour 20 cigarettes/jour. Et les tissus « nobles » comme le cerveau sont les premiers concernés.

Avortements spontanés Risque x 1,5
Grossesses extra-utérines Risque x 3 pour 20 cigarettes / jour
Risque x 5 pour 30 cigarettes / jour
Hématome rétro-placentaire Risque x 3
Accouchement prématuré Risque x 2 pour plus de 10 cigarettes / jour

En outre, la nicotine (et pas seulement elle !) passe dans le lait maternel qui, en plus, se trouve quantitativement moins secrété. (¼ de lait en moins en moyenne chez les fumeuses.)

2/ Les troubles au niveau de la peau et la voix :

La peau est plus précocement ridée. Ces troubles cutanées sont plus marquées chez les femmes car la concentration de sébum y est moins élevée que chez l’homme. Les fumeuses ont très souvent des rides plus marquées et plus précoce, surtout au niveau de la bouche et sur le pourtour des yeux.

Le temps de cicatrisation est fortement allongé chez les fumeurs et il est systématiquement demandé d’arrêter de fumer avant toute intervention chirurgicale.

Le tabac provoque une irritation des cordes vocales entrainant des laryngites chroniques se traduisant par une dysphonie et voix rauque caractéristique La aussi ce problème est plus fréquent chez les femmes.

3/ Les troubles de la vision :

Les fumeurs ont un risque de dégénérescence maculaire majorée de 90%  et ce risque reste très accru chez les anciens fumeurs (majoration de 70%). Ces conclusions viennent s’ajouter à ce qui avait été établi, il y a plus de dix ans, montrant le lien existant entre tabagisme et fréquence accrue des cataractes.

4/ Tabagisme péri-opératoire

  • Les complications du site opératoire sont multipliées par 3.
  • Le risque d’absence de consolidation osseuse est multiplié par 8.
  • Les passages en unité de réanimation par 2.
  • Et les temps de séjours hospitaliers nettement augmentés.

On préconise un arrêt de tout tabagisme 8 semaines avant tout acte opératoire.

Au total les conséquences du tabac sur la santé sont considérables et la vie du fumeur est amputée de nombreuses années. On sait aujourd’hui que le tabac est le plus meurtrier de tous les produits de consommation courante puisqu’on a pu montrer qu’il cause la mort d’un consommateur sur deux. Cette dangerosité avait été mise en évidence il y a plus de 50 ans en prouvant que l’espérance de vie d’un fumeur était diminuée de 6,5 ans.

Cette même étude montrait pour la population étudiée : une moyenne de 16,5 cigarettes/jour et une durée moyenne d’exposition de 54 ans.

Un simple calcul avec ces données aboutit à conclure que chaque cigarette détermine en moyenne une perte de 10,5 minutes de vie.

Ces chiffres sont maintenant connus de tous car les messages ont été très largement diffusés. Et pourtant les fumeurs restent pratiquement aussi nombreux. C’est le grand problème du tabac qui est l’une des substances les plus addictives existantes or « toutes les mesures basées sur la peur échouent car aujourd’hui a sur l’esprit plus de pouvoir que demain. ».

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